Le retour
Arrivés à Chharka sous la neige, nous sommes logés chez un moine bouddhiste, qui a fait construire une annexe au dessus de sa maison pour héberger les voyageurs. Ce moine est marié et c'est sa femme qui tient le fourneau,
tandis que le maître de maison passe une bonne partie de sa journée à lire des livres de prières sans paraître gêné par les conversations.
Nous apprécions la chaleur de cette salle à manger dans laquelle nous allons passer une bonne partie des trois jours suivants (nos chambres à l'étage sont moins accueillantes car le toit fuit...)
Une accalmie le lendemain de notre arrivée va nous permettre de visiter le village, mais pas de repartir, car les deux jours suivants la neige tombe sans interruption. Ce n'est qu'après notre quatrième nuit dans cette maison que nous repartirons sous un beau ciel bleu, mais pas par l'itinéraire initialement prévu (Niwas La vers le Mustang et sortie par Jomosom): vu la quantité de neige tombée, les cols vers le Mustang sont impraticables et le resteront probablement tout l'hiver... Nous redescendrons donc sur Dunai par les gorges de la Bharbung Khola et Kakkot.
Ces 4 jours de mauvais temps, inhabituels fin octobre / début novembre, et probablement liés au changement climatique (réchauffement des eaux du golfe du Bengale), ont concerné l'ensemble du Népal (neige dans l'Himalaya et pluie en basse altitude). Ils ont affecté non seulement les randonneurs et alpinistes (plusieurs morts dans d'autres secteurs et de nombreuses évacuations en hélicoptère un peu partout), mais aussi les agriculteurs locaux (à Chharka, c'était la période du battage de l'orge).
Chharka (prononcer Tsarka), le village du film "Himalaya, l'enfance d'un chef", est l'un des villages les plus hauts du Népal (4300m). La maison où nous sommes logés
se trouve dans un quartier de construction récente,
où, pendant notre séjour, le déneigement a été assuré matin et soir par le passage d'un imposant troupeau de chèvres.
Vaisselle dans la rivière.
Le vieux village, de l'autre côté de la rivière, conserve une architecture traditionnelle,
avec des ruelles étroites,et une tour fortifiée.
La récolte doit être protégée de la neige.
Nous donnons un petit coup de main.https://drive.google.com/file/d/1umGVoWM5dwcBxMnU9R7ZoOPd-O50SfCv/view?usp=sharing
Déneigement énergique.
Ce beau tracteur est protégé par une couverture.
Nous rendons visite au petit monastère du village, bien que la neige ait rendu périlleux son escalier d'accès.
Après quatre nuits à Chharka, le beau temps est revenu et nous quittons le village au petit matin.
Ces deux chortens semblent nous dire au revoir.
Nous arrivons au soleil!C'est parti pour quelques heures de raquettes sans raquettes ou de ski de randonnée sans skis, au choix...
Pour faire la trace, nous sommes aidés par deux randonneurs américains expérimentés, qui ont comme nous passé plusieurs nuits à Chharka et prennent la même route de sortie. Habitant en Alaska, ils ont plus l'habitude de la neige que nous!
Un cirque rocheux au dessus de nous semble vouloir garder pour lui le dernier nuage de la journée.Notre caravane va bientôt nous doubler.
Nous entrons dans les gorges.
Nous passons sous des couloirs d'avalanche pas vraiment rassurants même s'ils semblent s'être purgés avant notre passage.
Nous sommes contents d'atteindre le bord de la rivière,
même si sa proximité crée d'autres difficultés.
Le Dhaulagiri II (7751m) se montre quelques instants au dessus des falaises. Il indique notre direction (plein sud) et nous le reverrons de plus près demain!
Alors que le soir commence à tomber, nous avons l'agréable surprise de croiser un bulldozer qui remonte apparemment à Chharka. A partir de là, nous n'aurons plus de trace à faire!
Et voici notre hôtel pour cette nuit. Belle situation au bord de la rivière mais le chauffage est malheureusement en panne.
Le lendemain, peu après notre départ, nous apercevons sur la rive opposée une falaise plissée qui abrite une ancienne habitation troglodyte, probablement un ermitage.Nous traversons ensuite le village de Dhadgaon.
On nous avait indiqué lors de notre départ de Chharka que nous croiserions sans doute une caravane de yaks qui devait monter de ce village. Pas de caravane, mais des yaks en liberté un peu partout autour du village, qui cherchent leur nourriture dans la neige.
Un glissement de terrain a eu de raison de la rive opposée.
Remontée en vue: il faut prendre le chemin en lacets, la trace que l'on devine en dessous se perd dans la falaise...
Après le passage de ce petit col,
le Dhaulagiri II se dévoile.
Il domine le fond des gorges de plus de 4000m.
La piste suit le bord des falaises.Dans ce secteur, la neige conserve la trace du passage récent d'un très gros chat, probablement un léopard des neiges.
Un autre prédateur surveille les lieux.
Ce chorten annonce le village où nous allons passer la nuit, Seri.
Les chevaux sont contents d'arriver, car ils n'ont rien eu à brouter la nuit précédente. A Seri comme à Chharka, ils auront du foin! Coucher de soleil sur le Dhaulagiri II depuis le village.
Il n'y a pas, pour l'instant, de "lodge" commercial à Seri. Nous partageons la maison d'une famille du village, qui nous cède sa chambre. Leur petit garçon de trois ans n'a pas souvent vu de touristes étrangers.
Le lendemain, nous abandonnons le parcours en balcon pour une franche descente vers la rivière, ce qui nous permet de sortir de la neige. Alors qu'à Seri (4000m), les champs sont encore bien blancs,
500m plus bas sur ce versant sud, plus de trace de neige.
Je peux désormais enlever mes guêtres multicolores...
Nous finissons par rejoindre la rivière.
Pour nous donner des regrets de quitter la haute montagne, une échappée vers les gorges d'un affluent descendant du massif du Dhaulagiri fait surgir une pyramide glaciaire de rêve...
A l'approche du village de Kakkot (3200m), la vallée s'élargit et les premiers arbres apparaissent.
Nous avons la surprise d'arriver à Kakkot en même temps qu'un hélicoptère, qui rapatrie les membres d'une expédition au Putha Hiunchuli (7246m), noyée sous la neige suite à la tempête des jours précédents.
Le village est situé au pied d'une falaise, au milieu d'un bois de genévriers. Le vieux village, à gauche, est un peu en hauteur tandis que les constructions modernes (toits colorés) se sont installées dans la plaine alluviale.
Dans ce secteur, les genévriers atteignent des tailles remarquables.
Un peu plus loin, nous croisons un beau troupeau.
Après la plaine alluviale vue sur les photos précédentes, la rivière s'enfonce à nouveau dans des gorges étroites. Les parois sont si rapprochées qu'avant la construction du pont, les singes sautaient d'une rive à l'autre.
Nous faisons étape dans la forêt, au campement de Musi Khola (2900m), où nous rencontrons trois rescapés de l'expédition du Putha Hiunchuli. Ce sont trois membres de l'équipe népalaise, que l'hélicoptère a déposés à Kakkot, à charge pour eux de terminer la descente à pied, tandis que les alpinistes étrangers ont été rapatriés sur Pokhara ou Kathmandu. Ils avaient de la neige jusqu'aux épaules quand l'hélicoptère est venu les chercher.
Au village suivant (Laisicap), un vieux chorten a conservé une partie de sa décoration intérieure.
Soirée d'adieu à notre équipe, car le lendemain sera le dernier jour de marche. Mo-mos (raviolis tibétains) pour tout le monde mais boisson au choix...
Nous empruntons notre dernier pont suspendu du voyage (nous retraverserons la rivière une dernière fois avant Dunai mais sur un pont métallique).
Notre caravane nous a rapidement doublés ce matin. Après avoir déposé nos bagages à Dunai, nos muletiers et mules auront encore devant eux plusieurs jours de marche pour rentrer à Pelma, le village dont ils sont originaires et où nous sommes passés la première semaine (article "Vers le lac Phoksundo"). Le chemin direct par le Jang La (que nous avons emprunté à l'aller) étant fermé par la neige, ils devront en plus faire un gros détour...
De l'autre côté de la rivière, nous apercevons un groupe de singes.
Un peu avant d'entrer dans Dunai, nous retrouvons le chemin que nous avons emprunté il y a plus de deux semaines en descendant du Jang La. Mais cette fois-ci, pas d'arrêt au lodge, nous filons jusqu'à la sortie du village où un bus nous attend pour rentrer à Pokhara.
A vol d'oiseau, il y a environ 150 kilomètres de Dunai à Pokhara. Par la route, c'est beaucoup plus, car il faut contourner ou traverser les montagnes, mais surtout, sur l'essentiel du trajet, la "route" est une mauvaise piste avec de nombreux gués et autres obstacles.
Nous mettrons ainsi 22 heures pour arriver à Pokhara (départ de Dunai vers 14h et arrivée vers midi). Nuit blanche pour certains, mais bonne surprise au matin avec un arrêt petit-déjeuner sur un col offrant une vue splendide sur le Dhaulagiri I,
et les Annapurnas.C'était bien la peine de marcher 27 jours pour voir des montagnes, on les voit aussi bien en bus, diront les paresseux...
Quand il fait beau, on en voit même certaines très bien depuis la ville de Pokhara.
Le soir, nous assistons à un spectacle de danse traditionnelle.
https://drive.google.com/file/d/15eslzeRmk7Inbxy5v1SALxua2LI_GRke/view?usp=drive_link
https://drive.google.com/file/d/1uscRcFjYnaCVYNj9HbbfugDne1If830X/view?usp=drive_link
La scène est en plein air, sous un grand arbre, et en levant la tête nous pouvons aussi observer une chauve-souris de belle taille, que la musique ne semble pas déranger.
Le lendemain matin, nous prenons l'avion pour Kathmandu, et c'est l'occasion de sourire d'une magnifique faute de frappe de Yeti Airlines.
Pourtant, c'est promis, je n'ai tué personne!
En vol, nous apercevons au dessus des nuages une partie des massifs du Manaslu (à gauche) et du Ganesh Himal (à droite), que nous ne connaissons pas encore. Une invitation à revenir pour un nouveau trek ...


















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