Arrivée au Dolpo par la réserve de Dhorpatan
Cet automne (7 octobre au 8 novembre 2025), nous avons découvert le Dolpo, une région de culture tibétaine située au Nord de la chaîne principale de l'Himalaya, à l'Ouest du Mustang que nous avions visité l'année dernière (https://blogmustangfmck.blogspot.com/). Cette région est notamment connue en France par le film "Himalaya, l'enfance d'un chef", qui commence au village de Chharka et se termine au lac Phoksundo, deux endroits que nous allons relier en sens inverse de la caravane du film. Un épisode de la série "Rendez-vous en terre inconnue" y a aussi été tourné, aux environs de Dho Tarap où nous passerons également.
L'accès au Dolpo est difficile, ce qui y limite le nombre de randonneurs. Les vols vers ou depuis le petit aéroport voisin de Juphal sont souvent annulés, quant à l'accès routier, il est interminable et utilise des pistes très précaires (nous en ferons l'expérience au retour). Nous avons donc décidé, avec notre guide Ngawang, d'arriver au Dolpo à pied par la réserve de Dhorpatan, en partant du versant sud du Dhaulagiri, facilement accessible depuis Pokhara. Cela allonge évidemment le trek mais le rend aussi plus varié et intéressant car les paysages plutôt verts de la réserve de Dhorpatan sont très différents de ceux, très minéraux, du Dolpo.
A Pokhara, le jour de notre arrivée, c'est le début de la fête des lumières (Diwali). Beau spectacle mais nuit bruyante...
Le lendemain, nous empruntons la bonne route goudronnée qui conduit à la vallée de la Kali Gandaki. Elle passe un petit col qui nous permet de saluer le Mahchapuchare, la vedette de notre trek précédent (https://blogmardihimalfmck.blogspot.com/ )
Après Beni, nous quittons cette route pour une piste qui remonte la vallée de la Myagdi, un affluent de la Kali Gandaki qui collecte les eaux du versant sud du Dhaulagiri. Nous sommes en basse altitude (environ 1000m) et la mousson s'est terminée il y a seulement une semaine, les terrasses cultivées sont donc bien vertes.
Autre conséquence des pluies récentes: la piste n'est pas encore sèche...
Vu l'état de la piste, le chauffeur jette l'éponge au village de Muna (environ 1900 m d'altitude), quelques kilomètres avant le point de rendez-vous initialement convenu avec nos muletiers, qui nous rejoindront le lendemain matin.
A Muna, nous faisons étape au bureau de poste, qui loue également des chambres.
Le village possède de belles maisons,
...et une grande roue en bois, en activité pour la fête de Diwali!
Et le lendemain matin, c'est parti pour 27 jours de marche. Notre caravane compte 14 personnes (4 touristes, un guide, deux assistants guides, un cuisinier, 4 porteurs et 2 muletiers) et 12 chevaux.
Premières petites difficultés aquatiques.
Nous traversons ensuite Khoriya, un village de l'ethnie Magar. Les vérandas d'entrée au rez de chaussée permettent de discuter à l'abri avec les visiteurs occasionnels sans les faire entrer à l'intérieur de la maison.
Deux boeufs de labour au travail.
Au dessus du village, nous commençons à apercevoir des montagnes enneigées, d'abord lointaines (au fond à gauche l'Annapurna Sud).
Un sommet plus proche de nous, le Gurja Himal (7193m), assure le spectacle au coucher du soleil lors de notre premier bivouac, en pleine forêt.
Le lendemain matin, nous continuons à monter dans la forêt, toujours face au Gurja Himal.
Le géant de la région, le Dhaulagiri I (8167m), est également au rendez-vous.
et l'Annapurna I (8091m, à droite de la photo), reste bien visible.
Le photographe est hypnotisé par ces montagnes,
et en oublierait presque de prendre aussi la végétation en photo.
Nous passons en fin de matinée notre premier col, le Jalja La (3500m), et trouvons de l'autre côté une prairie en pente douce qui contraste avec la vallée profonde que nous quittons.
La rivière qui prend sa source au col descend doucement dans un paysage de moyenne montagne,
jusqu'au premier village de la vallée, Gurjaghat.
C'est à Gurjaghat que nous entrons dans la réserve de Dhorpatan, que nous allons traverser pendant les 7 jours suivants. C'est la seule réserve de chasse du Népal et le permis de chasse y est très coûteux. Les chasseurs sont donc peu nombreux et le randonneur, qui n'est pas sur la liste des espèces chassables, peut la traverser sans problème.
Après Gujarghat, la vallée s'élargit et le village de Chhentung (2900m), où nous faisons étape, est annoncé par un grand pont suspendu. Ce pont semble disproportionné par rapport à la rivière qu'il enjambe, dont les crues sont sans doute redoutables.
Le lendemain matin, nous quittons la vallée principale pour remonter un vallon en direction du col suivant, le Chhentung La (3600m). La montée dans une belle forêt est plutôt agréable pour les randonneurs, plus rude pour nos porteurs bien chargés en ce début de trek en autonomie.
Arrivée au col.
De l'autre côté, nous retrouvons des sommets enneigés par dessus une vallée déserte.
Suit un beau parcours en balcon qui permet d'admirer de nombreux sommets. Le massif de l'Annapurna, pourtant éloigné d'une bonne centaine de kilomètres, paraît étonnamment proche (de gauche à droite l'Annapurna I, l'Annapurna Fang, l'Annapurna Sud et le Mahchapuchare, la petite dent qui sort tout juste des nuages)
Le col suivant, le Phortse La (4038m), est défendu par une cheminée bien raide.
Ouf!
Encore deux heures de "plat népalais" (succession de petites montées-descentes mais jamais de plat) jusqu'au camp où nous arrivons à la nuit, mais le lendemain matin, nous profitons d'un petit déjeuner panoramique.
Et c'est reparti!
Derrière les valeureux randonneurs, deux sommets presque jumeaux: à gauche, le Putha Himal (7246m) et à droite le Churen Himal (7371m), les deux "7000" les plus à l'Ouest du massif du Dhaulagiri.
A 4000m, au Népal, les fleurs alpines sont encore en fête à la mi-octobre.
Mais il est temps pour nous de redescendre dans la forêt.
Nous traversons une grande clairière,
puis nous replongeons dans une forêt dense
jusqu'à une rivière impétueuse,
que nous franchissons sur un pont suspendu.
En chemin, nous croisons une caravane dont la mule de tête porte un très beau couvre-chef.
Le pont suspendu nous a permis de passer sur l'adret de la vallée, où nous campons sur une terrasse.
Le lendemain matin, nous poursuivons dans la forêt.
Du haut des arbres pendent parfois d'impressionnantes "barbes de vieux" (Usnea longissima) Nos porteurs font une pause.
Nous arrivons au dessus d'un impressionnant ravin, dans lequel se cache le village de Pelma (2500m) où nous allons passer la nuit.
En approchant du village, nous passons entre plants de maïs et de cannabis. Cette dernière culture n'est en principe pas autorisée au Népal mais reste en pratique assez répandue ...
Près de notre lodge, une culture tout à fait légale et que nous goûterons avec plaisir: des cornichons!
Photo de groupe devant le lodge. La patronne, en bas à droite, nous a offert un cadeau d'accueil: des oeillets d'Inde et des pommes.
Le voisin d'en face nous observe depuis son balcon.
Le lendemain matin, nous descendons traverser la rivière sur l'un des plus longs ponts suspendus du Népal
On se rend compte de la longueur de ce pont en regardant le film suivant (8'), qui suit la traversée de la caravane qui arrivait en sens inverse, et permet aussi d'entendre le grondement de la rivière 150m plus bas.https://drive.google.com/file/d/1t5vXgZ9MtrRcZmW3v3qLKLXBkJmfX6LK/view?usp=drive_link
Après le pont, nous remontons le versant opposé sur un sentier étroit. Pour mémoire, sur les sentiers himalayens, c'est toujours le plus gros qui a priorité et l'autre (en général le touriste) doit se ranger côté montagne.
Après une bonne grimpette, nous arrivons en vue du petit village de Him, dont les remarquables paniers à maïs, protégés par des chapeaux coniques, font penser au pays dogon au Mali, une région par ailleurs bien éloignée de l'Himalaya (au premier plan, de superbes plants de cannabis...).
Nous sommes invités à monter sur un toit.
Les bambins du village n'ont aucune difficulté avec l'échelle.
Le village suivant, Guibang (2800m), stocke aussi le maïs sur les toits.
Mais le village où nous faisons étape, Dhule, est trop haut (3400m) pour la culture du maïs et l'architecture de ses maisons est différente. C'est le dernier village que nous rencontrerons avant Dunai, 4 jours plus tard.
Cette maison a une destination improbable: c'est la caserne du village.
Le lendemain, nous traversons d'abord une belle forêt où nous retrouvons des "barbes de vieux".
Au dessus de la forêt, le sentier continue en balcon en vue de sommets enneigés (Dogari Himal, 6536m)
A l'intérieur du pavillon panoramique, une fenêtre propice aux portraits,
et une inscription mystérieuse.
"Yarcha", c'est le yarsagumba (Ophiocordyceps sinensis), un champignon aux supposées propriétés médicinales (et aphrodisiaques), qui pousse dans l'Himalaya au dessus de la limite des arbres. Il est vendu à prix d'or en Chine et sa cueillette est devenue une ressource essentielle pour les populations de la région (https://fr.wikipedia.org/wiki/Ophiocordyceps_sinensis).
Le sentier se rapproche ensuite de la rivière.
Nous campons au bord de celle-ci, à un peu moins de 4000m.
Le lendemain matin, nous continuons à monter, parmi les fleurs alpines,
d'abord vers un petit lac en voie de comblement,
puis vers un col sans nom d'environ 4500m, marqué d'un cairn mais sans drapeaux.
En chemin, un aigle nous rend visite,
et nous avons aussi la chance d'apercevoir deux loups!
Après le col, nous redescendons vers une vallée déserte, au delà de laquelle on aperçoit le sentier qui monte vers le camp du soir et, plus loin, le col du lendemain.
Traversée de la rivière par nos mules.
J'ai bien droit à une pause café
avant de repartir...
Après une petite remontée, nous passons près des restes d'un campement d'été de cueilleurs de yarsagumba (lieu-dit Purbang sur les cartes). Les cueilleurs passent plusieurs mois de l'été en altitude avec leur famille et la grande roue rouillée était sans doute proposée comme distraction.
Nous préférons pour notre part monter 200m de plus, jusqu'à un emplacement de camp plus propre, à défaut d'être plus chaud (-6° dans la tente le lendemain matin).
Le camp est situé sous le Jang La, le col qui sépare la réserve de Dhorpatan du Dolpo, juste devant nous sur cette photo.
Et nous voici au col (4535m), où Ngawang réinstalle une bannière de drapeaux tibétains.
Devant nous, le Dolpo!









































































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