Traversée des cols du Dolpo

De Ringmo, nous avions envisagé de rejoindre le village suivant, Dho Tarap, en contournant le lac Phoksundo par le Nord. Cet itinéraire, appelé "Schaller Trail" sur certaines cartes et dont Ngawang avait fait une reconnaissance, n'est pas toujours bien tracé et comporte plusieurs traversées de rivière à gué. Il nécessite donc une météo au beau fixe. Quittant Ringmo sous un temps menaçant,

qui se transforme rapidement en chutes de neige, 

nous décidons donc de passer plutôt par l'itinéraire classique de la Grande Traversée Himalayenne, plus au sud, bien tracé et sans passages à gué, mais qui traverse deux cols de plus de 5000m, le Baga La et le Numa La Sud.

Les yaks n'ont aucun problème avec la neige!

Le temps s'éclaircit assez vite et nous nous retrouvons face à la grande cascade admirée la veille.

L'occasion de réparer une omission en enregistrant le grondement de la cascade.

https://drive.google.com/file/d/1NM-XW6olhqCv9Ai8bE8LvuNZnMqTNTty/view?usp=drive_link

Derrière ce yak imposant, notre sentier de la veille.

Notre sentier continue en balcon au dessus de la vallée de la Suligad.

Balcon parfois un peu vertigineux...

 qui se dirige vers les montagnes enneigées à l'Ouest.

Le sentier rejoint la rivière à hauteur d'une grande prairie, judicieusement baptisée "Yak Kharka" sur les cartes, où nous pique-niquons en bonne compagnie.

Françoise trouve que je prends trop de yaks en photo, mais celui-là, avec son masque noir et blanc, était vraiment immanquable!

Après Yak Kharka, nous continuons à remonter la vallée,

dépassons une jolie cascade,

et, sous le regard inquisiteur d'un habitant des lieux,

arrivons au camp déjà installé par notre équipe sous la moraine terminale du glacier qui ferme la vallée.

Le lendemain matin, après une nuit bien froide (-5° dans la tente au lever), le beau temps est revenu. Nous attaquons la montée au premier "5000" du voyage, le Baga La (5169m), en remontant un torrent gelé.

Le sentier monte ensuite rudement dans la caillasse.

Le col est marqué par un grand cairn et de nombreux drapeaux.

Le début de la descente se fait dans la neige,

 Puis nous retrouvons la caillasse.


Nous contournons ensuite un cirque glaciaire, en passant tout près d'une formation rocheuse étonnante, qui évoque "un endroit précis, que rigoureusement ma mère m'a défendu de nommer ici".

Nous faisons étape au lieu-dit "Danigar" (4512m), une jolie prairie propice au bivouac: assez herbue pour les chevaux, assez plate pour les campeurs et bien située entre les deux cols.

Le sentier que nous empruntons le lendemain rejoint le torrent venant du col suivant par un bel itinéraire à flanc avec peu de descente.

Nous rejoignons le torrent venant du Numa La Sud.

Ce col, bien que plus élevé que le précédent (5309m), est moins escarpé. La montée est longue mais sans difficulté autre que l'altitude.

Du col, nous profitons d'une très belle vue, aussi bien vers la chaîne des Dhaulagiris, devant nous (Dhaulagiri I (8167m), au centre, aux prises avec un gros nuage, et II (7751m), à droite) 


 que vers les sommets de l'Ouest du Dolpo (Kanjirowa Himal) derrière nous. 

Mais il y souffle un vent glacial et nous ne nous attardons pas. 

Après une longue descente, nous atteignons la vallée de la rivière Tarap où nous campons dans une prairie près du hameau de Taksi.

Cette vallée est parcourue par une piste et nous y voyons nos premiers véhicules à moteur depuis une semaine (Dunai).

Vue du monastère de Taksi (fermé).


 Nous sommes salués par un habitant en train de filer une pelote de laine.

Les maisons des hameaux de cette vallée sont souvent bien décorées mais pas toujours habitées (celles qui le sont arborent normalement des drapeaux).

Mais l'école de la vallée est active.

Les monastères des hameaux que nous traversons sont fermés, mais ce chorten a conservé une partie de sa décoration intérieure.

Deux chortens plus récents.

Nous arrivons en vue du village "chef-lieu" de la vallée, Dho. 

Cette tente blanche est un restaurant temporaire pour les voyageurs de passage.

Le monastère de Dho, situé en surplomb du village, 

semble à première vue aussi fermé que les autres, mais en l'absence des moines, une dame qui s'occupe de la cuisine va nous ouvrir.

Outre une grande statue de Guru Rinpoché (Padmasambhava),

la salle de prière contient de nombreuses fresques en bon état, dont les plus remarquables pour un touriste occidental m'ont semblé être ces médaillons dignes de Goya ou de Jérôme Bosch.


Le Bouddha et sa parèdre, un sujet classique du bouddhisme tantrique.

Après Dho, la Tarap s'enfonce plein sud dans des gorges inhabitées suivies par un sentier qui permet de redescendre à Dunai, mais pour atteindre notre prochain objectif, le village de Chharka, nous devons remonter un affluent vers l'est et passer un nouveau col.

Sur la carte, il y a deux cols pour sortir de cette vallée, le Jhyarkoi La et le Chan La, mais le chemin du second a été emporté par un glissement de terrain. En route donc pour le Jhyarkoi La, qui sera le col le plus haut (5378m) et aussi le plus raide de notre périple.

Nous campons à l'entrée d'un impressionnant canyon, dans une prairie partagée avec les yaks.

Et nous avons de la visite!

Ces dames ne sont pas des membres de notre équipe népalaise mais des habitantes de Dho, qui redescendent du Jhyarkoi La d'un pas énergique et font une petite pause thé à notre camp avant de rentrer chez elles. Elles viennent de prendre une semaine de vacances sans les hommes, pendant laquelle elles sont allées de Dho à Muktinath puis à Lo Manthang et à la frontière chinoise avant de revenir vers Dho - un itinéraire qui, pour nous, prendrait trois bonnes semaines. Ce matin, elles étaient à Chharka, où nous serons dans deux jours...

 


Sous la tente.

Le lendemain matin, nous remontons le canyon en compagnie d'une caravane de yaks que leur propriétaire emmène au Mustang, probablement pour les y vendre.

Les plissements derrière nous feraient sans doute le miel d'un géologue.


 Et devant nous...le col c'est là haut!

A mi-chemin du pierrier qui défend le col, nous apercevons notre caravane muletière tout en bas.

Mais nous sommes rattrapés et doublés avant le col,

auquel nous arrivons alors que le temps devient menaçant.


Nous descendons en vue des montagnes qui séparent le Dolpo du Mustang.

Aujourd'hui, la descente n'est pas très longue car nous campons à 4800m. Heureusement car il commence à neiger peu après notre arrivée au camp et, le lendemain matin...

Le ciel est blanc et il est clair qu'il va neiger toute la journée mais nous ne pouvons pas rester là, d'autant que nos mules ne sont pas des yaks et ne peuvent pas brouter l'herbe sous la neige. Nous partons donc en direction du village de Chharka, dont nous sommes séparés par le col Mola La (5030 m), franchi par une piste qui devrait être repérable même par ce temps.

Préparation de la caravane. 

Et c'est parti!

Le Mola La est un grand plateau avec peu de repères et nous aurons plus de mal que prévu à trouver le bon passage, matérialisé par ce drapeau, et les traces de la piste qui descend à Chharka.

Par beau temps, il faut normalement 5 à 6 heures à des touristes pour aller de notre camp du matin à Chharka (et sans doute guère plus de 3 heures à des gens du pays comme nos dames en vacances), nous en mettrons 13 et arriverons à 21h au village, où nous attend heureusement le poële bien chaud d'un lodge tenu par un moine (article suivant...).



 

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